The Souk : Marché des énergies créatives

Vous en avez sûrement entendu parler, The Souk c’était le pari de l’année, l’événement qu’il y a quelques mois à peine on n’aurait pas cru réalisable.

Rassembler de jeunes créateurs marocains, des designers, des faiseurs d’images, et les associer aux charmes insolites et inattendus d’un souk marocain. Donner rendez-vous à un public avide de création et de nouveau, et le voir flâner dans les allées, essayer des bijoux, échanger avec les créateurs,  goûter des spécialités home-made, et feuilleter des livres d’exception. Transposer l’esprit bohème des marchés de créateurs européens dans l’authenticité et la convivialité de la médina de Marrakech

Laila Hida et Valérie Liais du Rocher y ont pensé, elles se sont entourées d’une belle équipe, et se sont lancées. The Souk est né, on y était, on vous raconte.

" The Souk c'était le pari de l'année ! "

Parlons du lieu d’abord, Le Jardin. Avant d’y arriver, nous nous sommes un peu perdus dans la médina, et ce n’est pas pour nous déplaire. On avait presque oublié quel plaisir on prenait à dévaler les ruelles, observer les badauds, collectionner les conversations des commerçants. Puis on franchit la porte, et soudain changement de climat. Le Jardin est une oasis dans le désert, une cour abritée du soleil, couverte de zellige, et habitée par les palmiers. Les créateurs y ont déjà pris leurs marques, certains tiennent fidèlement leur stand, d’autres sont déjà en train d’échanger avec les curieux. Un incroyable élan vital se dégage déjà du lieu, des t-shirts graphiques accrochés à notre gauche, des planches de bijoux exposées à notre droite, des croquis par terre, et des penderies loufoques éparpillées un peu partout. Un véritable souk !

On entrevoit les Harakat Sisters, et on passe dire bonjour. Leur stand niché dans un petit couloir privé, nous fait penser à un boudoir oriental. Toujours aussi pétillantes, elles nous accueillent dans leur abri coloré, entre des posters de divas arabes, et des grigris venus de Mumbai.

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HARAKAT SISTERS

 

En face, la librairie Les Insolites, s’est constituée un pop-up store à l’allure de salon de thé. L’esprit de l’institution tangéroise est bel et bien présent. On s’assoit et on discute, des livres de photographies ou des romans d’auteurs maghrébins entre les mains. A quelques mètres, Marie-Laetitia nous sourit. On s’approche, et on l’écoute nous présenter sa marque Capuche, une collection de ponchos aux inspirations ethniques et lointaines. Audacieux, travaillés façon caftan ou cousus d’un tissu navajo récupéré, les pièces sont forcément uniques. Nous affectionnons aussi les t-shirts de la jeune marque Maures. Leurs jeux de mots sont bien trouvés, et leurs illustrations empreintes de folklore berbère s’inscrivent dans une démarche de sauvegarde du patrimoine culturel local. Des t-shirts responsables donc. Milieu d’après-midi, on fait enfin la connaissance de Valérie et Laila. Elles nous parlent de leur rencontre, de la naissance du projet, des insomnies partagées. On est charmés.

Laila est photographe, elle a quitté Casablanca pour s’installer à Marrakech, et elle y a retrouvé une énergie créative que la capitale économique lui avait dérobé. Valérie, elle, a pressenti l’ouragan « jeune créateur » qui allait déferler sur le Maroc, et s’y est installée il y a 3 ans. Aujourd’hui, elle est aux premières loges de cette création contemporaine, et tire les ficelles en coulisses. Elle accompagne ces futurs grands dans leur lancement, les conseille, les suit. On écoute toujours aussi religieusement le discours complice des deux jeunes femmes, et on admire leur humilité et leur solidarité. Elles ne manquent pas de nous rappeler que l’équipe du Souk compte 4 autres personnes si ce n’est plus : Habiba Machrouh, illustratrice à l’origine de leurs supports de communication, Hind El Bouab, coordinatrice de l’événement, Kamal Laftimi, qui leur a cédé le Jardin pour le weekend, et leur a laissé carte blanche pour l’événement, et Carlos Velasco, qui les conseille et assure la logistique.

Les enceintes jouent des sons qu’on aime, et au fil de la conversation, la playlist bascule discrètement de l’electro-love de Jamie Woon, aux incantations touaregs de Tinariwen. Un mouvement perpétuel. Nous enchaînons les conversations, et nos interlocuteurs se suivent et ne se ressemblent pas à mesure que l’après-midi avance. Un air improbable de vieille sitcom américaine, dans un balcon marrakchi. On a pris le café en bas, à l’étage, assis, par terre, parfois sur des marches, souvent debout. Le lieu y est pour beaucoup, il se donne à ceux qui le visitent, on se l’approprie.

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Capuche

Harakat Sisters

Les Insolites

Maures

Artsi Ifrach

Iroko

Little Bohemian

Ghita Laskrouif

Mehdi Khessouane

Rattrapés par le temps, nous oublions de visiter le reste des stands, et nous sommes contraints de reprendre la route pour Casa avant la tombée de la nuit. Nous avons néanmoins repéré les créations extravagantes et pointilleuses du maroco-israélien Artsi Ifrach (notamment ces fascinantes pochettes aux allures de tapis berbères), le mobilier en bois graphique et épuré de l’atelier Iroko, ou encore les tenues iconoclastes « Jean-Paul Gautier meets Marché Hay Hassani » de Little BohemianGhita Laskrouif et Mehdi Khessouane étaient de la partie aussi, nous aurons l’occasion de revenir sur eux une autre fois. N’oublions pas qu’ils ont été sélectionnés pour la Fashion Week de Casablanca qui s’est tenue du 8 au 10 Novembre à l’Eglise du Sacré-Cœur. On n’aura bientôt plus besoin de les présenter.

Sur le chemin du retour, les yeux fatigués mais prudemment braqués sur la route, nous avons le sentiment d’avoir assisté à une naissance. Pour nous, pour Marrakech, et pour la jeunesse créative marocaine, il y aura un avant et un après. Un merveilleux bordel, ce souk!